L’année a repris là où la précédente s’était arrêtée : au moins vingt sorties par mois, aidées par un climat plus doux dans un nouveau pays. Janvier et février offraient des températures diurnes autour de dix degrés – pas un seul flocon de neige à l’horizon. C’était nouveau pour moi, et j’en étais ravi.
Dix kilomètres étaient devenus la distance standard. Je m’y tenais la plupart du temps, même si ça variait entre six et treize selon le temps disponible. Quand j’étais vraiment pressé mais que je sentais que j’allais devenir fou sans courir, six kilomètres suffisaient. Mais ce sentiment – il faut que je sorte, sinon je vais péter un câble – revenait de plus en plus souvent. J’ai dû me rendre à l’évidence : j’étais devenu dépendant.
Le Canada
C’est devenu particulièrement évident quand j’ai été invité au Canada – deux fois, en avril et en juin. J’avais toujours été curieux de découvrir ce pays, alors j’attendais les deux voyages avec impatience. Mais quand je me suis assis pour planifier, la première chose que j’ai faite n’a pas été de chercher des sites touristiques ou des restaurants. J’ai cherché des parcours de course autour de mon lieu de séjour. Parcs, sentiers, pistes cyclables – n’importe où je pourrais caser mon heure quotidienne.
Ce que je n’avais encore jamais vécu, c’était le vrai décalage horaire. Au début, l’excitation compensait. Mais très vite, j’étais complètement vidé à seize heures – et parfaitement réveillé à trois heures du matin. Je ne pouvais courir que le soir, ce qui pour mon horloge interne était déjà la pleine nuit. Je n’étais pas au meilleur de ma forme. Le retour était pire : départ à seize heures, arrivée à six heures du matin, et pas une seule minute de sommeil dans l’avion. Je n’en ai jamais été capable. Deux jours de récupération avant de pouvoir recourir.
Ottawa : de la neige en avril
Premier arrêt : Ottawa. J’ai trouvé un parcours près d’un stade, non loin de mon hébergement. Il s’est avéré que mon hôte avait beaucoup couru dans sa jeunesse – il m’a montré des photos de courses auxquelles il avait participé. Le courant est passé immédiatement. C’est là que j’ai vécu pour la première fois quelque chose qui reviendrait souvent : deux coureurs, où qu’ils soient dans le monde, se saluent comme de vieux amis. Comme des camarades. La conversation est intarissable, et les non-initiés n’y comprennent rien. (Mais qu’est-ce que vous pouvez bien vous raconter pendant des heures ?) Ce lien réapparaîtrait encore souvent dans ma vie, parfois par-delà les barrières linguistiques – quelques photos, une poignée de mots partagés, et la conversation coule toute seule.
Mais la météo m’a réservé une surprise. J’avais quitté la maison par vingt degrés. En atterrissant à Ottawa fin avril, tout était recouvert de neige. Quelqu’un regardant par la fenêtre du quinzième étage, face à la rivière à moitié gelée, a souri et dit : « C’est le printemps ! » Des congères d’un mètre bordaient les trottoirs. Un matin au petit-déjeuner, un autre client m’a demandé quel type de chaussures j’avais. Je n’avais pas encore regardé dehors. Quand je l’ai fait, j’ai compris la question : un mélange de neige fondante et de gadoue recouvrait le sol. Je n’avais pas les chaussures pour ça. Encore moins des chaussures de course. Je suis rentré trempé de la tête aux pieds après huit kilomètres. J’ai couru quatre fois à Ottawa – deux jours sous la pluie battante et la gadoue, deux au sec. Je n’aurais raté aucune de ces sorties.
Une petite ville et trente degrés d’écart
Le deuxième voyage m’a conduit dans une petite ville, un cadre complètement différent. J’étais logé dans un motel en périphérie, plus proche de la nature – un changement bienvenu après les pistes cyclables longeant les autoroutes. Mais la météo a encore fait des siennes. Le dimanche de mon arrivée, il faisait trente degrés. Le mercredi : huit. Je grelottais dans mes vêtements d’été. Puis le week-end, retour à trente. Les gens du coin racontaient qu’en hiver, il arrivait de partir au travail le matin et de ne pas pouvoir rentrer le soir à cause de la neige tombée en quelques heures. Après ce que j’avais vu en juin, je les croyais sur parole.
J’ai quand même réussi à courir plusieurs fois là-bas. Un pays de plus sur ma liste de coureur. Pas un monde totalement différent – mais suffisamment. Une autre culture, d’autres voitures, d’autres gens. Je suis heureux d’en avoir fait partie.
Maladie, grêle et l’art d’esquiver la pluie
L’été est passé calmement. Puis début octobre – pour la première fois depuis des années – je suis tombé malade. Une espèce de grippe avec fièvre m’a cloué au lit pendant presque une semaine. C’est rare chez moi ; la course tient la plupart des virus à distance. Reprendre après une semaine d’arrêt faisait bizarre, mais heureusement, les sensations sont revenues très vite. Cette fois, la course ne m’a pas autant manqué – quand on a de la fièvre, il n’y a pas de trop-plein d’énergie à évacuer.
L’automne m’a surpris dans quelques averses sérieuses en pleine course, et en décembre, un vrai orage de grêle – des grêlons de la taille d’un petit pois qui martelaient le sol pendant quelques minutes. Ça m’a attrapé à mi-parcours, en terrain découvert, sans le moindre abri. La grêle a disparu aussi vite qu’elle était venue, mais pendant ces quelques minutes, le trottoir ressemblait à un paysage enneigé.
Au fil des années, j’ai appris à assez bien lire les nuages – si la pluie va venir, et de quel type. Quand ça a l’air sérieux, j’attends. Mais une ou deux fois par an, je me trompe : je pars en me disant « non, il ne va pas pleuvoir », et je me fais copieusement arroser. C’est une marge d’erreur acceptable.
2007 : 251 sorties / 2 578 km / moy. 10,3 km par sortie
Depuis 2002 : 798 sorties / 6 775 km

