2006 a été une année de bascule – pas seulement pour ma course, mais pour ma vie tout entière. J’avais repris des études à l’automne 2005, ce qui avait réduit considérablement le temps disponible pour le sport. Trois heures de vélo quotidiennes pendant les périodes de cours : impensable désormais. Mais la course, elle, s’adaptait. La course trouve toujours sa place.
Les trois premiers mois ont été solides : 53 sorties, une bonne base hivernale. Des matins froid, certains à -10 degrés. Je courais alors plutôt l’après-midi – le matin était rare. Cela a changé plusieurs fois au fil des années. Courir après le travail, c’était une sorte de sas de décompression : aussi fatigué que je puisse être en partant, je rentrais ressourcé. La course du matin, elle, avait une autre logique : arriver au seuil de la journée déjà ancré, déjà là. Une douche, et plus rien – ni la longueur de la journée, ni sa difficulté – ne pouvait vraiment déstabiliser.
Une offre, un continent
La vraie nouvelle de l’année : début 2006, j’ai reçu une proposition de poste pluriannuelle dans une université à l’étranger. C’était un sommet que je m’étais fixé de longue date – l’un des deux. J’ai dû abandonner mes études en cours de route, mais ce n’était pas une décision difficile. Certaines opportunités n’attendent pas.
Les mois précédant le déménagement ont été occupés par la préparation, l’impatience, et une question qui revenait sans cesse : à quoi ressemblerait le terrain ? J’avais un vélo de route et un VTT. Mon instinct allait toujours vers l’asphalte, mais si le nouveau cadre de vie offrait plutôt des sentiers en forêt, j’allais être dans l’embarras. J’ai emporté le VTT, en me disant qu’il s’adapterait à tout.
Le parcours
Nous avons trouvé un appartement en banlieue de l’une des plus grandes villes d’Europe. Les routes étaient excellentes. La densité, elle, ne l’était pas. Des feux de circulation tous les cent ou deux cents mètres pendant vingt kilomètres. Des voitures partout. J’ai essayé le vélo quelques fois après le déménagement de septembre – trois sorties, puis j’ai renoncé. Les conditions n’étaient tout simplement pas là pour moi.
La course, en revanche, c’était une autre histoire. Il y avait un itinéraire – bon asphalte, éclairé sur certains tronçons, praticable même après la tombée de la nuit. Une partie longeait une route passante, donc la qualité de l’air laissait parfois à désirer. Mais ça fonctionnait. Ce que je ne savais pas encore, c’est à quel point : environ un tiers de toutes les sorties que j’ai jamais effectuées dans ma vie est passé par ce tronçon. Plus de deux mille fois. Je l’ai couru sous toutes les saisons, tous les temps, dans tous les états.
Devenir coureur, vraiment
En fin d’année, vingt sorties par mois étaient devenues la norme. Soit environ cinq fois par semaine. Plutôt l’après-midi ou en début de soirée, selon les contraintes du travail.
La musique avait remplacé la radio. Enregistrer les émissions en direct – avec les publicités, les flashs d’information, toutes les interruptions – était devenu trop fastidieux. J’ai chargé le lecteur MP3 avec quelques gigaoctets de ce que j’aimais, et laissé tourner. Trois ou quatre giga, ça dure longtemps quand on fait une heure par jour.
Je me souviens d’avoir pensé, cet automne-là : au début de cette année, je n’imaginais pas que je courrais quelques mois plus tard sur dans un autre pays, très loin de chez moi. Et pourtant. La course était devenue la seule constante. Autour de moi, tout changeait – le pays, la langue, le quotidien. La sortie, elle, restait. C’était nouveau. Et c’était important.
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2006 : 179 sorties / 1 840 km
Depuis 2002 : 547 sorties / 4 197 km

